lundi 15 avril 2019

La nation dans la nuit


On s'interroge sur une identité. C'est fini. Le brasier de la cathédrale nous enseigne ce qu'elle est: un attachement à la beauté, qui brave les temps, qui jamais ne ment. 
Les toits rougeoient, si proche du jour de joie, des cloches de Pâques de ceux qui croient. La flèche de feu splendide a chuté comme une faute d'origine, s'est plantée dans nos chairs hébétées. C'est la nation dans la nuit qui flamboie vers nulle part.

vendredi 12 avril 2019

L'effet Nafissatou

On ne pense jamais à tout. Surtout pas à Nafissatou. Le hasard bouleverse l’ordre des causes. L’impromptu court les rues.
L’effet Nafissatou est un sortilège de mauvaise fée. Une femme de journée d’un palace nouillorquais, un Sofitel merdique, a scellé le destin d’un peuple lointain, a désigné sans coup férir le président d’une contrée vieillotte à bérets surannés.
Nafissatou fit Sarko chef de complot et d’Etat de surcroît. Ledit Sarko s’agita comme il sait le temps d’un quinquennat. Lui succéda un rond prélat à joues de trompettiste. L’onctueux prince à cravate de travers contraignit Montebourg à rendre son tablier. Il propulsa Macron le stagiaire à Bercy, l’installa au ministère. Le bel Arnaud échafaudait un effet papillon. Elles étaient un peu folles, les guêpes. Le futur gardien des abeilles rua dans sa ruche. De toutes pièces, il créa le petit gars du Touquet, l’impérieux Emmanuel de notre survie.
Or il arriva que Benalla s’en mêlât. Ce videur de boite de nuit cogne tout ce qui contrarie le skieur de La Mongie. Il est vu tabasser tout ce qui dépasse dans la rue. En plus des fèques niouzzes, il y a des caméras liberticides partout. Le bon roi Macron somma le peuple de venir le chercher au palais. Benalla inventa les Gilets Jaunes.
Autrement dit, c’est Nafissatou qui fait l’Histoire et mentir les commentateurs. Avec Arnaud et Benalla, elle dispose de vaillants lieutenants. C’est un trio gagnant, bien plus performant qu’un gouvernement.

jeudi 4 avril 2019

On dirait des ours ratés

Dieu est un son, la note absolue, un silence blanc. J’ai quitté l’empire des fautes d’orthographe pour un royaume de fautes de carres. Sur les pentes immaculées, on entend des sons à coucher dehors. La Tarentaise dissimule un malaise. Une musique sale règne sur une montagne belle.
La neige est venimeuse, luisante d’animosité, au soleil de midi. Les gargottes d’altitude créent l’hébétude. J’ai connu l’Arbina, le Refuge, le Bellecôte. Je me souviens d’Extrassiaz, le seigneur du chalet, buriné comme un bandit calabrais.
Du haut du funiculaire, je vois les skieurs inexperts, les quatre fers en l’air. Les glisseurs sont casqués comme des mineurs d’hier. Les troncs des futaies sont entaillés de « gourmands », le long des fissures écaillées. Le pas lourdement cadencé des godasses de ski s’accorde au tam-tam des haltes à tambouille. On dirait des ours ratés, des versions manquées de grizzlis égarés. Je me sauve des sauvageries sans interdit.
Succession d’instants, suite d’éternités. Grand débat et bon débarras. Dans les journaux, je me sens étranger à l’usage des mots. Je ne suis accueilli que dans les livres écrits. Le style universalise l’anecdote.
Les skieurs ironiques sont des populistes russes ou britanniques. Ils se cramponnent à de grandes asperges qu’on appelle des perches. Je regarde les sapins comme des arêtes de colins froids.

samedi 16 mars 2019

Rougir de notre rugby

Je demande la tête de Brunel. Il a ses points de retraite. Faute de beau jeu, il faut repartir de zéro. Faute de résultats, il faut changer de capitanat. Notre jeu de balle ovale est pitoyable. Il est gris comme le ciel de samedi.
Match de patronage entre deux formations sans style. L’Italie a fait le jeu, laborieux. La France a fait le mort, sans temps fort. L’Italie était infoutue de passer la balle entre les perches. La France a défendu, rien de plus, joué décousu.
Je me suis réjoui à l’essai d’Italie. J’ai souhaité la victoire de l’ennemi. Le rugby tricolore dissuade l’amateur d’applaudir. Dire que j’ai cessé d’être patriote est une litote. Le rugby de Laporte m’insupporte. Je rougis de notre insipide rugby.

mardi 5 mars 2019

Jamais avec les alliés

Macron nous parle d’union plus que d’Europe. Nous sommes des enfants turbulents qu’il convient de rassembler d’un seul tenant. Ce bout de continent est un assemblage de raison. Il lui manque l’acquiescement d’un sentiment. On ne s’entiche pas comme ça du petit cap asiatique, défini  sans poésie par Valéry.
Notre chef tricolore, d’emblée, clame haut et fort que « l’Europe, c’est la paix ». Jacques Chardonne, l’élégant styliste, nous ordonne la prudence : « On peut faire la paix avec l’ennemi ; jamais avec les alliés » (Lettre à Paul Morand, 1er mars 1963). La discorde prévaut au cœur d’ententes de bric et de broc. La jalousie se nourrit des proximités. La querelle est un secret de famille.
Non, l’Europe n’est pas la paix, mais une guerre atténuée, un conflit édulcoré, domestique, cantonné à l’économie.
Réconciliation est un mot qui rate l’horizon. Au-delà d’une languissante embrassade, rien n’étaie en substance le projet d’Europe. C’est un songe-creux.
Macron fustige « un marché sans âme ». J’en déduis le contour du projet épistolaire: c’est l’âme,  notion quasi mystique. Le grand dessein gaullien sonnait plus républicain.
L’apôtre d’une spiritualité européenne précise sa ferveur animiste : c’est « la nécessité de frontières qui protègent et de valeurs qui unissent ».  Mais la notion de frontière est un reliquat du Vieux-Monde. On n’aura plus jamais les deux pieds sur le même territoire. Le « et en même temps », le « et de gauche et de droite » ont tordu le coup à cette géométrie surannée.
A lire le mail jusqu’au bout, je me réjouis d’un bonheur d’écriture. Macron préconise « une juste concurrence ». Notre mentor adore les oxymores. Il feint d’ignorer que la compétition ne s’embarrasse pas d’équité. Dans le final, le rédacteur est à son meilleur. L’expression « salaire minimum adapté à chaque pays » m’enchante. La création d’un smicard à la carte, c’est du grand art. L’harmonisation européenne est remise aux calendes grecques.

mercredi 27 février 2019

Une provocation de faciès

C’est le contentement rayonnant de l’intelligence, une figure alerte et satisfaite de soi, une insolence sans complexe à se suffire, l’impossibilité à savoir masquer les bienfaits d’être bien né.
La détestation Macron résulte d’une provocation de faciès, d’un sentiment de dame patronnesse. Notre jeune homme caracole sans état d’âme. Quatre à quatre, il monte les marches, il grimpe les étages d’une dégringolade de sondage.
Il est le meilleur. C’est son bonheur. Dans son petit costume cravate académique, il est parfaitement aérodynamique. Il fend l’air, s’arrête devant la misère, anonyme sur un trottoir. Il est extraordinaire.
A la Jacques Anquetil jadis, il bat le record de l’heure quand il veut, fait des prouesses qui dépriment les malheureux. Le peuple des périphéries se sent diminué par les défis mécaniques d’un prince du QI. Il vote Poulidor. Il sait la beauté de l’échec. Il est esthète.
A défaut du maillot de vainqueur, il endosse un gilet, une tunique de rancœur. Il est épatant, le président. C’est bien cela qui attise le ressentiment.

mardi 19 février 2019

C'est comment qu'on freine ?

Libérer la parole. Débattre de tout sans tabou. Laisser les totems aux vestiaires. On exhorte la nation à se débarrasser de ses inhibitions, à se dépouiller de ses conventions.
Le pouvoir, bon prince, enjoint ses ouailles à se déboutonner, à se décoincer sans complexe. Le vieux « parler vrai » rocardien ne suffit plus : il faut parler cru, cracher cash.
Manu l’a voulu. Le grand débat institutionnel inaugure le temps des expressions rebelles. Il convient de forcer sa nature, d’en dire des vertes et des pas mûres. La lâcheté serait de ne pas « se lâcher » ou de ne pas « balancer » comme le préconisent les princes actuels des élégances verbales, les champions adulés d’une psychologie déballonnée.
Résultat des courses : on s’attaque au patrimoine. Notre Finkielkraut national, à bougonnerie proverbiale, est agressé au seul motif d’être juif. L’injure est une nouvelle écriture pour les nuls. La parole se libère. Parallèlement, l’orthographe se perd, s’est perdue dans la foule. Réfléchir prend du temps, la tête, un coup de vieux inexorable. En bon boxeur, le pouvoir esquive la France d’en bas. En douce, il la camoufle en France Débats. Moi, j’ai la nostalgie d’Alain Bashung : « C’est comment qu’on freine ? »